Udom Xai (Laos.3)

Journal de voyage du lundi 6 février 2006. Laos, troisième épisode.

Jusqu’à Udomxai

Après deux jours a Muang Singh (voir l’épisode 2 de ce récit), je reprends la route. Pour quitter cette pointe du Triangle d’or, il me faut d’abord retourner à Luang Nam Tha en camionnette.

Muang Singh, 6/02/2006

A la gare routière, il y a des membres d’une étrange ethnie. Ils portent des habits en coton noir, la casquette de l’armée communiste lao à laquelle certains ont accroché deux tiges sur lesquelles se trouvent comme deux pompons colorés. Ils ont des pantalons bouffants trop courts, une ceinture à laquelle est accroché un énorme couteau placé dans un étui qui ressemble à un objet de théâtre. Ils prennent des airs de durs, mais sourient gentiment quand je leur souris. Timides, ils se cachent quand je veux les photographier.

Muang Singh, février 2006
Muang Singh, février 2006
Hmong avec son large pantalon noir et chaussures en plastiques made in China. Une femme Akkha s’approche.
Muang Singh, 28/06/2008
Ce n’est qu’en 2008 lors d’une visite plus longue que je vais apprendre que les Hmong habitent dans les villages proches de la vallée du Mékong.
Muang Singh, 6/02/2006
Camionnette bientôt remplie : départ imminent !

Nous montons tous dans la camionnette, mais après une quinzaine de kilomètres devons redescendre à cause d’un problème de pneu. Réparation faite, nous remontons à bord et par miracle sommes plus de passagers que tout à l’heure. Je trouve une place sur un escabeau en plastique. Devant et derrière moi, nous sommes six ou sept sur des escabeaux. Je me sens mal dans les virages, je dois m’agripper au plafond pour ne pas plonger nez le premier dans les jambes des passagers assis sur les banquettes transversales. A la première halte, je donne mon tabouret et prends place debout sur le marchepied, accroché aux barres du toit à l’arrière du véhicule. C’est beaucoup plus amusant, bien qu’énormément plus dangereux, je manque de perdre l’équilibre plus d’une fois, mais je suis à l’air, j’ai le sentiment de voler au-dessus de la route, et n’ai plus envie de vomir. J’apprécie le trajet que nous menons à toute vitesse dans les courbes comme dans les traversées de villages. Certains vont sur les montagnes russes, moi je vais sur les montagnes laos.

Muang Singh, février 2006

A Luang Nam Tha, le bus pour Oudom Xai vient de partir. On me dit qu’il y en aura un autre dans deux heures. Je vais m’installer au « buffet », petit restaurant installé sous une toile de tente avec deux tables en plastiques sur le devant. On me reconnaît, je suis déjà venu la semaine passée, et on me prépare un café et une baguette avec vache-qui-rit (n’oubliez pas que la région a été part de l’Indochine française par le passé). J’aime observer les gens attendre les bus, les garçons aménager les toits de mille chargements : des paquets, et même des motos prennent place sur les toits des bus. Souvent j’avais l’impression que les bus transportent plus de chose sur le toit que qu’à l’intérieur.

Muang Singh, février 2006

Je vois du monde qui se presse autour d’un petit bus. Je m’approche, on me dit qu’ils partent pour Oudom Xai dans dix minutes. J’achète un billet et on m’installe sur une banquette. J’essaie en vain de déménager sur un siège simple. Je sais que sur la banquette on va caser au moins trois passagers. Ma voisine de gauche est une femme qui commence à vomir au moment où l’on allume le moteur, et derrière, un homme qui se racle la gorge pour mieux cracher par la fenêtre au rythme d’une fois par minute (je chronomètre, je n’ai rien de mieux à faire).

Nous passons près de la frontière de Mohan où je vais revenir dans quelques jours pour entrer en Chine. Sur le bord de la route, je comprends ce qu’est l’égalité homme femme au Laos : les femmes sont les égales des hommes parce qu’elles travaillent tout aussi durement en cassant des énormes blocs de pierre avec de gros marteaux. Le gravier obtenu sert à construire la route. Les machines utilisées sont chinoises. Les ingénieurs, chinois aussi, donnent des ordres aux ouvriers paysans venus travailler sur le chantier. Une travailleuse reconnaît une personne dans notre minibus. Elle lache son marteau et court à notre rencontre. Elle donne un message oral à sa connaissance, elle est heureuse de cette rencontre mais la femme du bus semble embarrassée.

Oudom Xai!

A la gare des bus, une jeune fille blonde me demande en anglais avec un accent allemand si je veux aller à Luang Prabang. Elle m’explique qu’elle est en train de discuter d’un prix avec un chauffeur. Mais après une journée de voyage sur les route caillouteuses, j’avoue que je n’ai pas envie de précipiter le voyage pour arriver en pleine nuit dans l’ancienne ville royale.

Une autre femme, plus âgée, me fait la même proposition. Je la questionne un peu. Elle m’explique qu’elles sont trois, qu’elles arrivent à l’instant de Jinghong en Chine et veulent descendre à Luang Prabang. Celle qui me parle a des cheveux teints en orange, ils dépassent de son foulard, elle s’appelle Joy, elle est canadienne et travaille à Kunming comme professeure d’anglais dans une université. Marika, une de ses amies, est venue lui rendre visite depuis Vancouver. Brigit, la plus jeune, est allemande, elle vient de passer une année à Kunming pour apprendre la langue chinoise. Avant de rentrer en Europe, elle veut visiter le Sud-Est asiatique. Ce matin encore j’étais dans un village reculé dans l’extrême nord lao. Ces trois femmes qui apparaissent me semblent sorties d’une histoire complètement délirante. Après avoir décliné la proposition, je reviens et leur dit que j’ai changé d’avis, je pars avec elles. J’aime les histoires délirantes. Joy pousse un cri de joie et me dit qu’il est surprenant qu’un homme change d’avis aussi subitement.

Brigit retourne marchander le prix avec le chauffeur, je tends une oreille. Ils sont assis sur la banquette arrière du minibus. La discussion est en chinois. Brigit a un cahier dans les mains et y inscrit des chiffres. De temps à autre, elle baragouine des mots dont « zegué » revient fréquemment. Ils n’arrivent pas bien à se comprendre. C’est normal, c’est du chinois! Brigit ressort un peu déçue. Elle nous dit que le chauffeur demande un prix de fou. Nous devons renoncer à faire le voyage ce soir.

Nous nous donnons un rendez-vous informel au lendemain matin à 7h, puisque c’est l’heure de départ d’un des deux bus journaliers pour le sud : Luang Prabang, l’ancienne capitale du Royaume du Lan Xang (ou Royaume du million d’éléphants, ancien nom du Nord-Lao).

Laos, 02/2006
Mon voyage dans le nord du Laos en février 2006 : Huay Xai à Luang Nam Tha, puis Muang Singh, Oudom Xai et Luang Prabang. Dans les prochains épisodes je vais rejoindre Phong Sali avant d’entrer en Chine.

Je trouve une échoppe qui propose des connections internet, il est toutefois infesté de touristes anglaises revenant d’un trekking à Pakbeng. Elles rédigent hystériquement et bruyamment des comptes rendus pour leurs blogs respectifs. Ma tranquillité n’a pas de prix : je me passerai d’Internet ce soir.

Au guesthouse, je croise un touriste français. En une heure je vois plus d’occidentaux que toute la semaine écoulée. C’est un Monsieur d’une cinquantaine d’année. Il aimerait aller visiter les villages environnants, mais les tarifs des transports sont très élevés. Il me propose de l’accompagner pour partager les frais. Comme j’ai une appréhension à aller faire des visites organisées dans les villages de minorités, je décline. Le Français me semble très nerveux et anxieux. Il me dit avoir beaucoup voyagé dans sa vie, mais toujours avec sa femme et son fils. Il vient de divorcer, c’est son premier voyage seul.

Je monte sur la colline qui surplombe Oudom Xai, il y a un temple. Je regarde la plaine autour de moi. Ce voyage est magnifique !

Udomxai, février 2006
Vue sur la petite ville de Oudom Xai en 2006. Au cours des prochaines années la ville va beaucoup évoluer puisqu’elle se trouve sur l’axe qui, traversant le Laos, relie la Chine à Singapour. La construction du train dès 2018 va profondément changer cette petite localité, la langue chinoise va s’y imposer, les Laos vont y devenir minoritaires (mais en 2006 tout est encore très tranquille).
Oudom Xai, 06/02/2006
Toit à deux battants, style proche du Tai Yuan (Lanna), et très différent du style Tai Lü vu à Muang Singh. A droite se trouve l’abri pour le tambour géant, et sur les côtés on voit de grandes maisons aux esprits.

texte et toutes les photos ©Frédéric Alix, février 2006 (et mars 2008) région de Muang Singh, Luang Nam Tha et Oudom Xai.

Le voyage va se poursuivre vers Luang Prabang dans le prochain épisode, merci de m’avoir lu et à bientôt pour la suite !

Pour en savoir plus sur les Hmong, (que je décrivais comme une étrange ethnie dans ce texte de 2006), et pourquoi certains portent fièrement une casquette de l’armée communiste, vous pouvez lire mon texte : « Hmong le peuple indépendant » ici.

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3 réflexions sur « Udom Xai (Laos.3) »

  1. ah oui cela va etre interessant de lire la suite. Finalement tu iras en Chine ? il est donc difficile de passer les frontieres… j’imagine qu’il faut un visa. Cela ne doit pas etre si simple de voyager comme tu fais mais tu semble si bien te debrouiller. C’est vraimebnt cool que tu aies ecrit un journal et que tu nous partages cette histoire maintenant. MERCI

    1. Je suis content que tu aimes ce récit. Oui, j’irai en Chine par la suite (j’avais fais la demande de visa un mois plus tôt), mais avant il y a encore 3-4 épisodes pour le Nord-Laos.

      1. je lirai avec plaisir. Tu es un bon raconteur !! j’ai oublie de mentionner ma surprise que tu avais rencontre une femme de Vancouver..mais tout est possible quand on voyage ici et la. A+ la suite la semaine prochaine ?

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