L’histoire de Maeng Si Hu Ha Ta (แมงสี่หูห้าตา) est une légende populaire du Lanna, dans le nord de la Thaïlande,

Maeng Si Hu Ha Ta, ou l’art de déféquer l’or
Dans les forêts et les montagnes du Lanna, il y a une bête. Une bête noire, grasse, dotée de quatre oreilles et de cinq yeux qui clignent avec une ironie divine. On l’appelle Maeng Si Hu Ha Ta. Certains disent que c’est Indra lui-même, le roi des dieux, qui s’est amusé à prendre cette forme grotesque pour tester la cupidité des hommes. D’autres pensent qu’il s’est simplement trompé de costume en se réveillant un matin. Peu importe. La bête est là, et elle a faim.
Ai Thukkata, si pauvre que ses sandales ont des trous et que son estomac fait des bruits de temple vide, la capture un jour. Il la ramène chez lui, espérant en tirer quelque chose. Mais la bête refuse toute nourriture. Elle tourne le nez devant le riz, ignore les fruits, méprise les offrandes. Ai Thukkata, allume un feu pour se réchauffer. Une braise s’échappe, roule par terre. La bête la dévorer d’un coup.
Le lendemain, Ai Thukkata découvre que les excréments de la créature sont en or massif.
Il comprend alors qu’il tient sa revanche sur le destin. Il nourrit la bête de charbon, jour après jour. Elle produit de l’or. Il s’achète des terres, des buffles, des maisons. Le roi, intrigué par cette richesse soudaine, envoie ses espions. Ceux-ci reviennent avec des histoires de bête magique et de crottes dorées. Le roi, pragmatique, marie sa fille à Ai Thukkata. Puis, séduit par sa sagesse ou son or, il abdique et en fait son successeur : Ai Thukkata devient Phraya Thammikarat. C’est alors, une fois prince, qu’il se permet d’autres femmes, parce qu’un homme riche, dans le Lanna, se doit d’avoir plusieurs maisons, et plusieurs femmes pour les remplir.

Aujourd’hui, dans les temples de Chiang Rai et Chiang Mai, on vénère Maeng Si Hu Ha Ta. Pourquoi ? Parce que cet animal incarne l’absurdité joyeuse de la vie : un dieu qui se déguise en monstre, un pauvre qui devient riche grâce à des excréments, et des hommes qui, depuis, croient que plus ils ont de femmes, plus ils auront de chance. Les fidèles lui offrent du charbon en espérant que, peut-être, la magie opérera encore. Et si Indra rit quelque part, c’est bien normal. Lui aussi, après tout, a dû trouver l’idée hilarante.
Transmission et adaptations
Cette légende est transmise oralement depuis des générations et a été consignée dans des manuscrits en feuilles de palmier (คัมภีร์ใบลาน), comme le « Tham Si Hu Ha Ta » (ธัมม์สี่หูห้าตา), conservé dans des temples comme Wat Chaichang à Chiang Mai. Elle est également représentée dans des œuvres d’art, des mascottes et des objets de culte, et reste un symbole fort de la culture Lanna .

Texte et photos : Frédéric Alix
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