Premiers pas en Chine (2)

récit tiré de mon journal de bord daté du 15 février 2006

Troisième épisode – Au sud des Nuages

Un paysage sculpté

Après les passages de douanes, le mini-bus, parti ce matin d’Oudomxai au Laos, continue sa route vers le nord, en Chine cette fois.

Nous avons quitté les hautes montagnes et naviguons dans une sorte de vallée qui descend lentement mais sûrement en direction du nord. Nous sommes dans la province du Yunnan. Yunnan veut dire : « au sud des nuages ».

Le touriste excité est Polonais, il a étudié en Chine et parle le chinois, il est stressé pour une histoire de permis de séjour que je n’ai pas bien comprise. Le troisième est français, j’ai vu son passeport.

Jinghong, 20/08/2009

Les Chinois construisent une autoroute transfrontalière, ce grand projet permettra à la Chine d’écouler ses objets manufacturés vers la Thaïlande et d’importer fruits et légumineuses des pays d’Asie du Sud-Est. Les tranchées taillées dans les collines sont impressionnantes, de même que les détournements des rivières, les ponts, tunnels et viaducs. Ce chantier est un réaménagement complet du paysage. Des plantations de thé semblent avoir été taillées à raz pour laisser place à la grande route fraichement bitumée.

Si les villages ne semblent pas plus riches qu’au Laos, ici les maisons sont en briques. En retrait de la route, je vois plusieurs villages de grandes habitations carrées en bois foncé et aux toits à quatre pans avec des suptilités qui m’échappent. Dans ces villages, les maisons sont tellement proches les unes des autres que c’est comme si il n’y avait qu’un seul toit qui couvrait tout le village. Un toit ondulant comme une mer tumultueuse, un toit chapeautant toute une communauté. J’espère pouvoir visiter un de ces villages de plus près.

JInghong, 01/05/2007JInghong, 2007

Mengla

Moins de deux heures plus tard, nous atteignons une sucession de batiments neufs composés d’étroites halles marchandes. Bientôt la succession de maisons devient plus dense et nous sommes dans une ville. Cette ville semble avoir été construite avant-hier. Je me demande si la peinture a eu le temps de sécher. Les couleurs sont pétantes de vitalité. Banques et magasins de vêtements fashion, trottoirs bordés de palmiers, place centrale délimitée par des affiches publicitaires gigantesques, puis station de bus: tout le monde descend! Nous sommes à Mengla, c’est là que j’avais prévu de passer la fin de la journée et la nuit. Mais en mettant les pieds hors du bus je me dis que je pourrais continuer pour Jinghong, la capitale de la sous-préfecture.

Malgré le décalage horaire qui, en traversant la frontière, nous a projeté une heure en avant, il n’est que quatorze heures trente. Il est certainement possible de rejoindre Jinghong aujourd’hui. Le Polonais se fache avec des chinois qui lui proposent des hôtels et de lui changer son argent. Le Français à disparu. Je me dirige dans un hall ou se trouvent une salle d’attente et un guichet. Tout est écrit en chinois, j’ai un mouvement de recul et une montée d’angoisse. Comment vais-je expliquer où je veux aller ? Je fais demi-tour. Comprenant que ce ne sera pas plus facile de chercher un hôtel ou de faire quoi que ce soit d’autre, je retourne, décidé, vers le guichet en me répétant ce mot simple “Jinghong” que j’espère savoir bien prononcer; ce serait bête d’être envoyé dans une ville aux consonnances semblables à l’autre bout du pays. Le Français apparaît derrière moi et me demande if I go to Jinghong. Je réponds que oui je vais bien à Jinghong.

Jinghong, 16/02/2006

« Jinghong » dis-je à la dame du guichet après que dix personnes aient glissé leurs bras par-dessus mon épaule pour me passer devant. La fille tapote sur un ordinateur, une imprimante crache un billet, la Chine est high-tech! Mais pour me rendre ma monnaie, elle se saisit d’un boulier à cinq boules par lignes, et sans que je ne comprenne son calcul savant, me rend quelques billets.

Départ dans quinze minutes. Je regarde mon billet et admire les deux pictogrammes imprimés qui doivent vouloir dire « Jing hong ». Je prends mon air perdu, place mon billet bien en évidence devant moi et me tiens devant un homme qui mange un riz dans une barquette en sagex. Je lui souris d’avec mon air le plus idiot. Sans arrêter de manger, il me montre le mini-bus que je dois prendre en le pointant de ses baguettes. J’ai quelques minutes pour pour remplir mon estomac. Si dans la rue, des restaurants semblent être en mesure de cuisiner, je n’ai pas tout ce temps, je pointe un coca-cola dans une échoppe. La dame me dit “Sam”, sans hésiter je sors trois billets de un Yuan. La femme encaisse satisfaite. Je suis étonné d’avoir si bien compris. Pas compliqué le chinois finalement.

En Chine, tout le monde fume, tout le temps et partout. Je crois qu’il n’y a pas d’interdiction. Ainsi, même dans le mini-bus rempli de monde, ça fume. Mon voisin de siège boit lui-aussi un coca-cola. Quand il l’a fini, il ouvre la fenêtre et jette la bouteille dehors.

La route traverse de très belles forêts, des plantations d’hévéas, descend des côtes abruptes. Nous contemplons de superbes panoramas et passons près de nombreux villages aux toits tumultueux. Les routes sont toutes bordées de palmiers ou d’arbres dont le premier mètre du tronc est peint en blanc. Ici, les balises routières sont végétale, bio!

Nous nous arrêtons dans une petite ville. Les maisons ne sont pas vraiment belles et semblent même complètement défraichies comparées à celles de Mengla. Une belle animation règne dans les rues: vendeurs en tous genres, paysans rentrant des champs… Mon voisin, un chinois qui était déjà dans le premier bus me montre sur ma carte où nous sommes: Menglun.

Une des passagères court acheter des fruits. Elle en propose au Français et à moi. Goûter ce qu’on ne connait pas, c’est important. Le petit fruit dans lequel je mords à pleines dents est très acide. Ma grimace fait rire la fille qui m’en propose d’autres en riant à gorge déployée.

Quatrième épisode – Jinghong

Jinghong, 16/02/2006
Jinghong

Il est presque dix-neuf heures quand nous arrivons à Jinghong. Le Français recheche un dortoire pas cher. Je lui dis que je veux une chambre pour moi. Nous marchons dans la ville toute propre en suivant les plans de nos guides de voyage. Drole de sentiment d’être entouré d’énormes centre commerciaux aux enseignes colorées, de marcher sur des trottoirs, de croiser des chinois habillés en vrais citadins qui ne se soucient pas trop de nous. Le contraste avec le Laos est saisissant.

Quelques rues plus loin (et un bon kilomètre parcouru), nous arrivons à la première adresse que les guides recommandent unanimement. C’est un hôtel chic. J’entre demander les tarifs. Les chambres sont à plus de cent Yuans. C’est beaucoup. Le Français a dans la tête le dortoir où il a dormi dix ans plus tôt, c’est plus loin me dit-il. Une longue allée bordée de palmiers mène à une réception haut de gamme. L’hotel est fermé pour rénovations. Je repère un peu plus loin la devanture d’un petit hôtel. Je ne sais pas lire les pictogrammes qui veulent dire hôtel, mais je devine. Mon flair me surprend. J’entre.

A grand renforts de mimes, je demande à voir une chambre. Elle est de grand confort (du moins de mon point de vue à ce moment là). Tout est quasiment neuf, le faux parquet et les meubles sentent encore l’ébénisterie, les lampes sont toujours sous emballage plastique. Une télévision, un distributeur d’eau froide et chaude, des sachets de thé, une salle de bain proposant savons, brosse à dents, peignes… Je n’avais plus vu un tel luxe depuis longtemps. Je suis preneur! Bien sûr que 80 Yuans, c’est 10 euros, soit mon budget journalier au Laos ces deux dernières semaines. Le Français veut aller voir moins cher ailleurs. On se quitte en pensant que l’on va se recroiser.

Comme le contenu de mon porte monnaie ne peut payer la chambre, j’explique par mimes que je dois aller au distributeur bancaire (ATM) chercher des billets. La fille de la réception fronce les sourcils, j’ai mal mimé, elle n’a pas compris et ne veux pas me donner la clé. A force d’explications imagées, elle fini par comprendre et me laisse faire. Je monte, dépose le bagage, me lave la figure, et pars à la recherche d’une banque.

Sans argent, à la recherche d’un ATM

Jinghong, 17/02/2006
mon petit déjeuner en préparation: des nouilles

Je marche dans les rues chinoises d’un pas décidé. En venant, j’ai vu quelques distributeurs, je pense les retrouver facilement. Je glisse ma carte dans la fente et, après un compte mental rapide, demande quatre mille Yuan. La machine me dit que c’est trop. Je corrige à trois mille, la machine réflechit, une petite animation sur l’écran me fait patienter. Au bout d’une interminable minute, la machine me dit poliment qu’elle n’est plus en service. Ma carte sort, un billet s’imprime annonçant que j’ai demandé trois mille Yuan mais n’ai rien reçu.

Contrarié, je traverse la rue pour essayer une autre banque. Deux hommes font des transactions et demandent avec une seule carte trois fois deux mille Yuan. Je patiente. Mon tour venu, je tapote le montant désiré et attend. La réponse de la machine est plus franche que celle de sa voisine d’en face: “opération non autorisée”. Je tente avec deux mille Yuan, sans succès. Aie! si je ne peux pas retirer d’argent dans les ATM chinois, que vais-je faire ?  Je pourrais essayer de retrirer de l’argent avec ma carte visa, mais je ne me souviens plus du code.

Je panique un peu. Cherchant une nouvelle banque, j’ai l’idée de rouvrir le guide du routard. Je lis que seules “Bank of China” et « Agricultural Bank » acceptent les cartes étrangères.   Je trouve rapidement une Banque agricole, mais celle-ci fait la morte juste après avoir lu ma carte. Mon dernier espoir est placé dans cette fameuse Banque de Chine.

Parcourant une rue marchande, je jette un oeil au travers des vitrines des magasins, les t-shirt, les jeans, il y a un magasin “Giordanno” de l’autre côté de la rue. Je tourne à gauche, passe par hasard devant le “Mei Mei Café” que Joy m’avait conseillé, me disant que la fille qui le tient est pleine de bons conseils et parle un peu l’anglais. Des étrangers sont assis sur la terrasse, je n’en avais plus vu autant depuis Luang Prabang. Bien sûr que je pourrais aller promener mon air perdu dans ce café et mendier de l’aide, mais j’ai ma fierté. Je tourne à gauche, passe devant une boulangerie et y admire un moment un biscuit. J’ai faim et soif. Ce biscuit me fait de l’œil alors que je suis sans le sou.

Juste après la boulangerie, un distributeur de la Banque de Chine m’ouvre les bras. Il me dit tout de suite que le montant maximum est de deux mille. J’aime les distributeurs directs. Deux mille Yuan c’est peu, mais ça devrait me permettre de vivre dix jours. Après un moment de suspens, les vingt billets de cent Yuan tout neufs sortent de la machine qui me crache encore un reçu et me rend ma carte. J’aime la Bank of China. Tout fier, je rentre à l’hôtel.

Comment dit-on « Je suis perdu » en chinois ?

Jinghong, 16/02/2006
Jinghong au bord du Lancang Jiang (appelé plus en aval Mékong)

A la réception, je tends un billet de cent Yuan, de mes deux mains. La fille parait ennuyée. Elle me tient un long discours en chinois, je ne comprends pas un seul mot. Mes ennuis ne sont pas finis. Elle griffonne cent vingt sur un vieux reçu. Je montre mon mécontantement. Tout à l’heure le prix était de quatre-vingt! On discute, enfin… on parle dans nos langues respectives, ce qui est innutile mais cela nous donne l’impression de discuter.

Je cherche dans mon lexique un mot utile pour dire… mais pour dire quoi? Elle cherche à son tour, lit tous les mots puis, contente, me montre la phrase “combien coute la caution?” et souligne les pictogrammes tout heureuse. Je veux être bien sûr d’avoir compris, on poursuit donc notre jeu de mimes dans nos langues et je lui donne cent cinquante yuen. Elle n’est toujours pas satisfaite, mais elle n’a pas envie de me torturer plus longtemps, elle rédige un petit texte sur le reçu et note 70 à côté d’un 120 barré. Je la remercie, et après lui avoir expliqué que j’arrive aujourd’hui en Chine, lui montre dans mon lexique la phrase qui dit “je suis perdu”, ça la fait rire.

Marché de nuit et allons danser au parc !

Je marche en direction du marché de nuit près du Mékong. De loin, ça ne ressemble en rien à un marché de nuit alimentaire comme j’en ai l’habitude. Je n’ai pas envie d’une déception supplémentaire et fais demi-tour. Je me rends dans la rue “touristique”, là où se trouvent tous les guesthouses. Il y a quelques étrangers, certains sont imbibés d’alcool. Je repère un restaurant thai. Après hésitation, je m’y assieds et commande – en thai – du poulet frit au gigembre. La fille est contente de m’entendre baragouiner sa langue et moi je suis content de parler avec quelqu’un qui enfin semble me comprendre. Je fête mon premier repas en Chine avec un plat thaïlandais, je suis l’illustration du proverbe « courageux mais pas téméraire ».

Jinghong, 16/02/2006
dans les parcs publics, quand ils ne dansent pas, les chinois jouent

Danser au parc

Plutôt que de rentrer directement à l’hôtel, je fais un crochet par la place près du petit lac, au croisement des quatres routes qui traversent la ville. Un foule s’y trouve. Un petit groupe danse autours d’un arbre. Je m’assieds. Il y a un “meneur” qui joue trois notes à l’harmonica, c’est une danse paysanne répétitive et bien rythmée. Ils y mettent coeurs et entrains. Ils semblent ne pas se fatiguer sur ces quelques notes. Jeunes et moins jeunes se confondent, tous en habits de ville: veston et pantalon ou jogging léger. A quelques mètres de là, un attroupement encercle quatre personnes qui chantent à tour de rôle des répliques qui semblent être improvisées. Certains rigolent. Ca me fait penser aux chants de Korat. En Thailande, ces chants sont considérés comme expression artistique et ne subissent pas la censure. Qu’en est-il dans la Chine socialiste?

Jinghong, 06/08/2009
danses de salon sur une musique classique

Fatigué, je prends le chemin de l’hôtel. C’était une longue journée. Avant de plonger dans le sommeil, je me rends compte que je suis heureux de gouter au luxe d’une chambre propre, d’un lit confortable qui n’est pour sûr pas infesté de puces et d’une salle de bains propre qui propose de l’eau chaude. Et je n’oublie pas de mentionner la télévision qui m’offre la chaine chinoise en langue anglaise CCTV-9, ses informations gouvernementales (et ses publicités à hurler de rire). Je m’endors, c’était mon premier jour en Chine et le début de mes surprises.

Jinghong, 20/09/2009
danses traditionnelles ou aérobic sur trois notes d’harmonica

toutes les photos ©fredalix, Jinghong et sa région février 2006, avril 2007 et août 2009

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4 réflexions sur « Premiers pas en Chine (2) »

  1. passionnant toutes ces histoires…

  2. « Can you imagine a combination of tea and pillow… » Bravo Fred et Bravo CCTV-9!!!!!!! Où est la photo de nous 3 à Jing Hong????

    1. Nous nous sommes retrouvés à Jing Hong on mai 2007. Ce récit parle de février 2006, j’étais seul, très seul dans la grande Chine où je n’avais pour unique interlocuteur que CCTV-9.

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