Premiers pas en Chine (1)

Récit de voyage tiré de mon journal de bord – daté du mercredi 15 février 2006

Premier épisode – Au-revoir Lao

Ce matin je vais quitter le Laos, direction nord : la grande Chine, pays qui m’est encore totalement inconnu.

Oudomxai est plongé dans la brume matinale au moment où je me réveille. La petite ville-carrefour au nord du Laos est calme, comme toujours. Depuis les toilettes communes aux trois chambres de la guesthouse, j’entends sonner, très fort, mon réveil. Ais-je été plus matinal que lui ou se répète-t-il ? Je ne me souviens plus. Je rejoins ma chambre en courant pour l’éteindre au plus vite. Je ferme mon gros bagage et le hisse sur mon dos. Je porte mon petit sac sur le ventre, position typique du voyageur indépendant pris en sandwich entre ses bagages. Je prépare trente mille kips et descends. A l’entrée, le maitre de maison a déjà pré-ouvert la porte grillagée, il attend son argent et sa clé. Il est vêtu d’un pijama blanc « une pièce ».

Je jette un dernier coup d’oeil sur l’enseigne qui avait retenu mon attention en arrivant : “Warm Hotel”. Car en plus de se trouver à deux minutes de la station de bus, il propose une salle de bain avec le luxe de l’eau chaude, c’est un sérieux nettoyage prolongé que je me suis offert hier en fin d’après-midi.

Udomxai, février 2006
Oudomxai, nord du Laos, février 2006

Le grande station des bus est déjà bien animée. Il est sept heures passée de quelques minutes. Les premiers départs pour toutes les destinations sont prévus à huit heures, pour autant qu’il y ait suffisemment de clients. Dès que le bus sera rempli, il partira. En route, il continuera à se remplire jusqu’à étouffement. C’est le système lao qui a court sur les routes caillouteuses du nord du pays.

Près du guichet, un homme me salue, il me reconnait, mais je ne sais plus d’où on se connait. Le chauffeur du bus que j’ai pris hier pour revenir de Phongsali passe près de moi, me sourit et me demande où je vais aujourd’hui. Lui, ne retourne pas à Phongsali, il continue sur Luang Prabang et Vientiane.

C’est la foire devant l’unique guichet. Comme je suis poli (et encore endormi), je respecte la file d’attente en oubliant que c’est un concept inconnu ici. Des mains pleines de billets sont tendues vers la fille des tickets qui rempli des listes et rédige des bons de transports contre des liasses de mille kips.

Alors que je me réveille et perds un peu patience, un homme tente de passer sa main et ses billets devant moi. Calmement, avec une tendresse que je ne me connaissais pas, je lui retire sa mains et la replace en arrière tout en tendant (de l’autre main) mes deux sobres billets de vingt mille kips à la fille du guichet. D’une voix posée j’annonce : « Mengla, China ». Elle sort une nouvelle feuille. Elle y inscrit plein de choses, me rends ma monnaie (quinze mille kips) et me tends mon billet. Comprenant que je suis le premier, je ne pense pas partir tout de suite. Je m’installe à la grande table où l’on sert thé chinois et café lao. Je montre deux doigts à la vendeuse de pains-baguettes (je précise « sans vache qui rit », restons sobre!)

Boun Thay, février 2006
bus au nord du Laos

J’observe les camions de passagers, les mini-, et grands bus qui se remplissent de sacs de riz, d’objets divers emballés, de matériaux de construction, d’achats ou d’invendus du marché et aussi de passagers.

Je regarde de quoi j’ai l’air: mon pantalon vietnamien est troué dans l’entre-jambe (j’ai placé une attache pour éviter que ça se voit trop), il est taché et sa couleur originellement verte est recouverte de poussière de terre rouge. Mon t-shirt est propre, mais lavé tellement de fois que le dessin est sur le point de disparaitre. Mes chaussures sont définitivement sales, je n’arrive même plus à enlever la poussière tellement elle semble y être incrustée.

Observer une foule lao, c’est un peu comme observer une agitation tranquille. On n’entend parler personne. Au premier regard, il semble qu’il ne se passe rien. Mais, on se rend compte que les choses évoluent: les bus se remplissent, certains maneuvrent, d’autre partent.

Je suis un peu triste de quitter le Laos. Je m’y sens bien. Je commence à pouvoir échanger quelques mots avec les gens et tout me semble de plus en plus familier. La nature y est splendide. J’ai un pincement au coeur encore plus fort parce que je ne suis pas sûr de pouvoir aimer la Chine. Je crois que si je n’avais pas fait ce visa pour cette Chine, je n’y irai pas. Quoi qu’il en sois, mon temps de séjour au Laos est révolu, j’ai passé mes deux semaines, demain mon visa lao se terminera et je serais amendable, voir « emprisonnable » en restant dans le pays.

Udomxai, février 2006
Le marché d’Oudomxai

Le mini-bus pour Mengla se rempli. Un monsieur Chinois, en veston de ville mais aux souiller boueux fume devant la porte. J’entre pour y déposer mon bagage et reserver une place en posant ma bouteille d’eau. Oh! c’est déjà sérieusement rempli. Etrangement, la meilleure place située juste derrière le chauffeur est libre. Un petit sac à dos est posé sur un des deux sièges, je place ma bouteille sur le second siège.

– Mengla, the bus will go. Good luck ! annonce sobrement une voix au haut parleur. Avant ça, la voix a dit plein de choses en lao que je n’ai pas comprises.

Les chinois rejoignent leurs place. Je découvre que mon voisin est un très gros monsieur! Il me reste l’espace d’une demi place. Comme je suis le dernier à monter, je n’ai plus le choix.

Nous quittons Oudomxai, et traversons des dizaines de villages de huttes en bois ou en osier tressé. Le bus klaxonne pour que poulets, cochons et enfants évacuent la route.

Je repasse dans ma tête le film de ces deux dernières semaines de voyage au Laos, depuis le passage du Mékong à Huayxai jusqu’au bourg perché dans les montagnes, quasi inaccessible de Phongsali. Je repense aussi à la ville musée de Luang Prabang, ses splendeurs d’architecture coloniale, restaurées pour le bonheur des touristes tombés de leurs avions.

En chemin, je repère un gros village qui me semble intéressant au carrfour de la route et de quelques pistes, des villageois des environs y tiennent un petit marché, une rivière traverse la localité, je repère une guesthouse. Je reviendrais une prochaine fois.

Deuxième épisode – La douane

Mengla, février 2006
côté chinois de la frontière

Soudain, la route forestière est barrée, un panneau marqué « stop » oblige notre bus à s’arrêter à la hauteur d’une cabane, tout le monde descend. Nous sommes trois occidentaux dans le bus. L’un d’eux est nerveux et me demande en allemand pourquoi on descend. Je bafouille, ne sachant plus dans quelle langue parler. Le troisième lui dit que c’est la “Lao border”.

Après passé un premier contrôle, la petite foule s’agglutine autour d’un guichet derrière lequel sont assis deux militaires laos armés de tampons, stylos, calendriers et beaucoup de paprasses. Ils ont des airs très sérieux et feuillettent les passeports à la recherche d’importants indices. L’officier qui a saisit mon passeport peine à trouver mon visa valide tellement les pages sont remplies de tampons d’ici et d’ailleurs.

Nous rejoignons le bus qui parcourt encore quelques kilomètres dans le no-mens land avant de passer devant de splendides pelouses, un somptueux giratoire, un batiment coloré, puis un autre, puis une multitude de batiments de toutes les couleurs, des drapeaux rouges avec les étoiles jaunes, ma première vision de la Chine est une sucrerie.

La route est plus large et mieux bitumée.

Le bus s’arrête à nouveau et tout le monde descend encore une fois. On nous dirige vers un grand hall. Nous passons d’abord au contrôle sanitaire où je dois signer un papier comme quoi, jamais oh! jamais, durant ces quinze derniers jours, je n’ai été en contact avec des animaux de ferme. Jamais je n’ai séjourné en milieu rural (arrivant du Laos, c’est un peu surréaliste), que jamais je ne me suis jamais senti malade ni ai eu des symptomes de maladie quelconque et que je ne transporte avec moi aucune autre maladie contagieuse. Je dois passer sous une sorte de porche qui émet un bruit affreux. Le douanier médical me dit que tout va bien. Une fois ces formalités remplies, je reçois un papier et je me rends au bureau suivant dans la prochaine petite maison.

Je remplis le formulaire d’entrée puis me présente au douanier chinois à la casquette impressionnante.

– Your first time in China ? me demande-t-il.

– My first time in China, que je lui réponds avec un grand sourire.

Il tapote sur un ordinateur et prend un air contrarié. Il se passe un petit moment pendant lequel je me demande quel sort va tomber. Vais-je être refoulé ? Il fini par tamponner mon passeport du saut du poste frontière de Mohan avec la date d’entrée au 15 février. Je suis en Chine !

Des femmes me proposent de changer de l’argent. Elles me crient « dollars », je leur réponds que je ne suis pas américain. Un homme chinois m’énumère tout une série de monnaies, essayant de deviner celle de mon pays. Quand je lui dit que je viens de Suisse, il se gratte la tête, se demandant où peut se trouver ce pays, et si il existe vraiment, quelle monnaie peut y avoir court.

Les femmes pratiquent un taux de change scandaleux, je le leur fait gentillement remarquer. De toutes façons, je ne veux rien changer. L’une d’elles me poursuit avec une machine à calculer, révisant ses ambitions. Je prendrai de l’argent au distributeur automatique dans la première ville.

A suivre…

Premiers pas en Chine (2) – Jinghong

Jinghong, 20/08/2009

Dans ces deux épisodes tirés de mes notes de voyage de 2006, j’arrive à Jinghong dans le sud du Yunnan, j’ai plusieurs difficultés pour communiquer et je n’arrive pas à tirer de l’argent au distributeur bancaire.


toutes les photos ©fredalix, février 2006 Oudomxai, Laos –  Boten, Chine

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2 réflexions sur « Premiers pas en Chine (1) »

  1. une autre histoire formidable….

  2. Je croyais qu’ils t’ont enlevé ton Lonely de la Chine, ou c’était l’année suivante?

    J’ai écrit mon propre récit de ma première visite en Chine.
    https://thewhistlinggypsy.wordpress.com/category/china/

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