Khong Jiam et les gongs

Mon tour d’Issan – Chapitre 5

Dans cette série, je vous emmène faire le tour d’une autre région de Thaïlande que j’aime beaucoup : le Nord-Est que l’on appelle Issan. J’ai rassemblé mes anciens souvenirs de voyage, relu mes notes et sélectionné quelques unes de mes innombrables photos.

Sans intérêt

Parmi mes incroyables talents, il y a celui de dénicher les endroits où il n’y a rien de spécial à voir, où les touristes en quête d’aventure et de selfies ne voudraient pour rien au monde y passer une seule heure. Les guides de voyages qui mentionnent ces coins perdus, disent qu’ils sont « sans intérêt ».

C’est ainsi qu’en février 2005, je me suis retrouvé à Khong Jiam, toute petite localité située à l’extrême sud-est de l’Issan (Thaïlande), à l’endroit où la rivière Moon se jette dans le majestueux fleuve Mékong.

Avec moi, deux françaises, Michèle et Christiane, que j’ai rencontré quelques jours plus tôt, avec qui je partage ce goût des endroits « sans intérêt », parce nous savons que c’est là que l’on peut trouver des curiosités inattendues.

Kong Jiam, 28/12/2016
le fleuve Mékong, sur l’autre rive se trouve le Laos

La rivière Mun prend sa source dans la province de Nakorn Ratchasima, traverse le plateau de Korat (Issan) d’ouest en est, parcourant 750 kilomètres et se jette dans le Mékong à Khong Jiam. En se jetant dans le Mékong, ses eaux bleues se mélangent avec les eaux brunes du fleuve, ce qui a donné à ce point de confluence le nom de « Deux couleurs ».

Nous sommes en Thaïlande, mais de l’autre côté du grand fleuve c’est le Laos. Et quelques kilomètre en aval c’est le Cambodge. Cette région est aussi appelée le triangle d’émeraude.

Kong Jiam, 28/12/2016
la rivière Mun se jette dans le fleuve Mékong

18 février 2005

Nous avons loué trois chambres dans un petit guesthouse au centre de Khong Jiam. Nous sommes à deux pas du marché. Je peux commencer ma journée par mon activité favorite: aller boire un café au marché. Assis sur un tabouret, observant les vendeurs de fruits, légumes et diverses viandes, je bois un café dit « boran » (traditionnel). Ce café dit traditionnel n’est pas fait à la machine. On verse de l’eau chaude dans une passoire en tissus remplie de café moulu. Il en sort un café très noir et corsé.

Il n’y a pas foule au marché du matin, et tous le monde a vu l’étrange étranger assis sur le tabouret avec un café boran dans les mains. Je suis bientôt rejoins par Christiane qui commande une soupe de nouilles.

Kong Jiam, février 2005
Kong Jiam, 18/02/2005

Nous réussissons à louer des petites motos au guesthouse, et nous partons nous promener dans la région. Nous traversons plusieurs villages. Depuis un gros rocher nous avons une vue incroyable sur le Mékong. Il fait très chaud. Alors que nous nous attardons devant ce paysage sauvage, les élèves de l’école voisine nous ont vus et accourent en masse pour nous saluer. Les plus audacieux osent lancer quelques phrases apprise en cours d’anglais. Il s’en suit un concert de rires.

Dans un autre village, nous nous arrêtons pour observer des femmes qui filent le coton et tissent sur de grands métiers à tisser manuels. Sans pouvoir échanger beaucoup de phrases, nos connaissances linguistiques étant (aussi) limitées, nous passons malgré tout un grand moment ensemble, le language des signes et les sourires étant un language universel.

Kong Jiam, février 2005
Kong Jiam, février 2005
Kong Jiam, février 2005
Kong Jiam, février 2005

19 février 2005

Comme nous avons passé une magnifique journée à traverser les villages, et sentant qu’il y a encore à voir dans cette région « sans intérêt », nous restons un jour de plus et reprenons nos petites motos de location. Alors que nous roulons vers l’ouest, nous remarquons une exposition de tambours et de gongs accrochés aux arbres devant une maison. La famille qui vit ici apparait très vite, ils ne savent pas si ils doivent être amusés par l’apparition de trois étrangers ou si ils doivent s’inquiéter de ne par réussir à communiquer avec nous.

Nous apprenons que plusieurs villages de la région sont plongés dans la fabrication de ces tambours et de ces gongs de toutes les tailles. Nous parquons les motos, et marchant de maison en maison nous pouvons observer les artisans à l’oeuvre.

Kong Jiam, février 2005

La première étape consiste à souder un bord à un plateau circulaire. Il faut ensuite placer ces tambourins géants sur le sol de sable (malléable), et frapper au centre pour donner la forme.

Kong Jiam, février 2005
Kong Jiam, février 2005
Kong Jiam, 29/12/2016

On accroche ensuite le gong et on donne des coups de marteau sur le devant, c’est ainsi que l’on va donner à l’instrument sa résonance. Il faut régulièrement écouter le son qu’il produit, c’est un travail d’accordage au marteau.

Kong Jiam, 29/12/2016
Kong Jiam, 29/12/2016
Kong Jiam, 29/12/2016

En dernier lieu, on peint le gong avec des motifs typiques qui sont connus dans toute l’Asie du Sud-est.

Michèle est tellement fascinée par ces gongs qu’elle ne peut se retenir d’en acheter un. Il fait environ 1 mètre de diamètre. Elle va essayer de l’envoyer chez elle en France par la poste.

Kong Jiam, 29/12/2016

Ces villages sont aussi connus pour la fabrication des tambours « double face » qui sont accrochés dans les tours des temples et servent à certains rituels. Ils se différencient des tambours du Lanna et des pays Shan qui sont de forme plus allongées et ne sont fermés que d’un seul côté.

Ces tambours et gongs sont destinés aux temples bouddhistes. Les tambours servent à rassembler les moines ou annoncer une cérémonie. Les gongs servent principalement aux fidèles, avant ou après avoir prié. Les artisans de ces villages exportent leurs tambours et gongs dans toute la Thaïlande. Les acheteurs sont souvent des personnes qui désirent faire un don à un temple (et acquérir ainsi des mérites).

Kong Jiam, 29/12/2016
Kong Jiam, 29/12/2016
Sur la droite de la photo, vous pouvez voir la réaction amusée d’un jeune du village devant le spectacle de visiteurs étrangers.

Je reviendrai en 2016 dans cette région. Le temple principal de Khong Jiam a été entièrement rénové. A son entrée, un gong gigantesque a été construit afin de célébrer le savoir-faire des villageois de la région. Ce gong arbore les drapeaux des pays de l’Asie du Sud-est afin de montrer que les objets fabriqués dans cette région reculée font partie d’une culture qui dépasse les frontières.

Khong Jiam, 28/12/2016

le texte et toutes les photos © Frédéric Alix, février 2005 et décembre 2016 dans la région de Khong Jiam, province de Ubon Ratchatani.

Catégories issan

1 réflexion sur « Khong Jiam et les gongs »

  1. « Parmi mes incroyables talents, il y a celui de dénicher les endroits où il n’y a rien de spécial à voir »… jaime bien ce que tu dis. Fred… aller là et découvrir l’inattendu ! BRAVO On dirait que j’ai de la lecture en retard sur ton blog . Je vais essayer de lire ce WE… moi je prepare des textes surtout pour mes blogs en anglais… demain sur le blog le plus ancien FUNandLIFE ( il me reste 3% d’espace !!)

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