Episode 10 – Kanchanaburi

Située à environ 200 kilomètres à l’ouest de Bangkok, la province de Kanchanaburi est une région de collines essentiellement recouvertes de forêts où coulent deux rivières : la petite Kwaï et la grande Kwaï. En thaï elles portent le nom de Menam Kwé.

Kanchanaburi, 31/12/2019
Pont sur la rivière Kwaï (2019)

La grande rivière Kwaï vient de la province de Tak au nord-ouest. Elle traverse la jungle où même les routes n’osent s’aventurer, et saute par d’impressionnantes cascades (dont la fameuse Tee Lo Sou qui est la plus large cascade d’Asie). La petite rivière Kwaï vient des montagnes qui forment la frontière naturelle d’avec la Birmanie.

La confluence de ces deux rivières donne naissance au fleuve Menam Klong, large et tranquille, il a fait la richesse de l’agriculture des régions de Ratchaburi. Il va se jeter dans le Golf du Siam à Samut Songkram, région connue pour ses marchés flottants.

Le Pont sur la Rivière Kwaï

Impossible de l’ignorer, la région de Kanchanaburi a été rendue célèbre par un épisode de la seconde guerre mondiale. L’écrivain français Pierre Boule a publié en 1952 le récit que nous connaissons surtout au travers du film de David Lean de 1957.

Pierre Boule a réellement vécu la seconde guerre mondiale en Asie du Sud-Est. Avant de se faire arrêter par des soldats français fidèles à Vichy, il était un resistant de la France Libre, faisant sauter des ponts et tentant de ralentir les Japonais (alliés des Allemands). Le Pont sur la rivière Kwaï est une fiction qu’il a imaginée avec ses souvenirs de guerre.

Le Chemin de fer de la mort

1942, le Japon est en guerre contre l’Empire britannique. L’armée impériale japonaise est entrée en Birmanie et veut continuer son expansion vers les Indes. Ils commencent la construction d’une voie ferrée entre Bangkok et Rangoun dans le but d’approvisionner en troupes et en munitions le front.

La topographie de la région de Kanchanaburi ralenti les travaux, il faut traverser la rivière Kwaï et creuser des tranchées dans la roche en direction du Col des Trois Pagodes. 60’000 prisonniers de guerre britanniques, australiens et américains et près de 180’000 civils sont enrôlés de force dans ces travaux qui couteront la vie à plus de 100’000 personnes! La voie prend le nom de « Chemin de fer de la mort ».

Kanchanaburi, 13/12/2005
le col du feu de l’enfer, une tranchée qui a couté la vie à plus de cent mille prisonniers (photo 2005)
Kanchanaburi, 13/12/2005
le col du feu de l’enfer, une tranchée aujourd’hui désaffectée de la ligne de chemin de fer (photo 2005)

On dit que cette ligne de chemin de fer est la plus chère au monde, parce qu’elle a coûté un nombre énorme de vies humaines.

1943, le chantier atteint le Col des Trois Pagodes, le premier train part de Bangkok et permet de renforcer l’armée impériale qui avance vers l’ouest.

Payathonzu, décembre 2005
Les 3 pagodes au col des Trois Pagodes en 2005 avant leur restauration (elles étaient plus petites).

1945, les forces alliées bombardent le Pont sur la rivière Kwaï à de nombreuses reprises. Les travées centrales sont détruites, le train ne passe plus, le Japon est affaibli.

La guerre terminée, le Japon restaure le pont à titre de dommage de guerre. Les deux travées centrales ont des formes carrées qui les distinguent des bords, ce qui donne au pont une allure particulière.

Kanchanaburi, 31/12/2019
les 2 travées centrales ont été restaurées en 1945 par les japonais, elles ont une forme carrée différentes des travées originales.

Aujourd’hui, le train circule encore au départ de Bangkok. Il rejoint Kanchanaburi et continue jusqu’à la cascade de Sai Yok. Le tracé plus en amont a été désaffecté, et une grande section se trouve sous les eaux du lac de barrage construit en 1979.

Kanchanaburi, 13/12/2005
aujourd’hui, le terminus de la ligne (photo 2005)
Sangkhlaburi, 21/12/2020
la région de Sangklaburi et la fameuse brume matinale sur son énorme lac. (2020)

Sangklaburi et son lac

1979, début de la construction d’un barrage de 92 mètres de haut et 1019 mètres de large. Les travaux ont duré 5 ans. En 1984, la retenue a commencé à se remplir. De nombreux villages ont été inondés. Les villageois qui n’ont pas obtenu de nouvelles terres ont déplacés leur maison sur flotteurs et vivent aujourd’hui en lacustres.

A l’extrémité nord du lac nouvellement formé, le village Mon adjacent à Sangklaburi s’est retrouvé coupé du monde. Ils ont construit un pont en teck de 400 mètres de long. Sachant que le pont est entièrement en bois de teck, il serait le plus long ouvrage de ce genre au monde. (Le pont de U-Bein au sud de Mandalay, long de près de 2 kilomètres, a été restauré avec du ciment et du béton, il n’est plus en bois de teck à 100%).

Sangkhlaburi, 21/12/2020
Le Pont Môn en 2020, l’eau était basse.
Sangkhlaburi, 21/12/2020
Le Pont Môn en 2020
Sangkhlaburi, décembre 2005
Le Pont Môn en 2005, l’eau était très haute
Sangkhlaburi, 21/12/2020
le lac à Sangklaburi (2020)
Sangkhlaburi, 21/12/2020
en fin de journée, on se retrouve sur le pont. (photo 2020)
Sangkhlaburi, 20/12/2020
vue sur le pont en 2020
Sangkhlaburi, décembre 2005
un village Môn reculé, à environ un kilomètre de la frontière birmane (2005)
Sangkhlaburi, décembre 2005
village flottant sur le lac (2005)

Môn

Encore un mot sur les populations qui peuplent les régions hautes de Kanchanaburi. Il s’agit de Môn et de Karen. Ces peuples vivent sur le frontière Birmano-thaï. Les Môns ne sont pas moins que les premiers habitants de la région allant de Pegou au Golf du Siam. La plus ancienne ville du Myanmar était une ville Môn, elle avait le nom de Suvannabhumi (ville céleste). Le Royaume Dvaravati était Môn lui aussi et avait pour capitale Lavo – aujourd’hui appelée Lopburi. Le Royaume Môn de Hariphunchai régnait sur la région aujourd’hui appelée Lamphun.

Les Môns sont les premiers à avoir eu des contacts avec la culture indienne, ils ont établis les bases du bouddhisme theravada en Asie du Sud-Est.

Sangkhlaburi, 20/12/2020
traversée du pont avec un jeune Môn (2020)

Episode 10 – Kanchanaburi

Assez parlé ! Voici l’Episode 10 de ma série de petits films. J’ai tourné les images en décembre 2020 au cours d’un petit voyage de 2 semaines.

Dans cet épisode, vous me voyez lire « La lenteur » de Milan Kundera.

 Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Evoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. A ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui.

Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli.

Milan Kundera, La Lenteur.

toutes les photos + le texte et le petit film ©Frédéric Alix, 2005, 2019, 2020, 2021.

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