Depuis 2006, la Chine fait partie de mes régions de voyage où j’aime aller. J’y suis entré pour la première fois par le Laos, en voyageur indépendant, traversant les frontières par la route, au rythme des bus et des paysages changeants. J’y suis revenu à plusieurs reprises, notamment en 2007, lors de ma première visite de Chengdu, puis en 2011. Chaque retour approfondit mon lien avec ce pays immense, contrasté, et diversifié.


J’aime particulièrement Chengdu, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être parce que cette ville semble toujours en train de chercher son équilibre entre deux mondes. Au-delà de sa réputation liée aux pandas, c’est une ville carrefour, une porte d’entrée vers les hautes montagnes. C’est ici que l’on sent déjà l’appel des reliefs himalayens, que les marches du Tibet semblent commencer. On sent la culture tibétaine déjà présente dans la ville. Chengdu, entre plaine et montagne, entre Chine intérieure et mondes tibétains.
À Chengdu, j’ai bien sûr voulu aller visiter le centre de recherche et de conservation des pandas. Pourtant comme il se situe en dehors de la ville, c’était presque une odyssée pour s’y rendre avec les transports en communs à l’époque où il n’y avait pas l’aide d’un GPS au creux de la main.


Je ne m’attendais pas à vivre une expérience aussi marquante. On est dans un zoo monothématique, où les pandas sont les seuls stars, des laboratoires scientifiques sont dissimulés loin des regards des visiteurs. Des allées bordées de bambous, une atmosphère calme malgré l’affluence, et une organisation qui laisse de l’espace aux animaux comme aux visiteurs. Très vite, on oublie les autres visiteurs pour se concentrer sur l’essentiel : le géants!
Ma première rencontre avec les pandas géants reste intacte dans ma mémoire. Il y a quelque chose de profondément attendrissant dans leur présence. Leur pelage noir et blanc, presque irréel, leurs mouvements à la fois lourds et maladroits, et surtout cette nonchalance désarmante. La plupart étaient occupés à manger du bambou avec application, assis comme des moines absorbés dans leur rituel. « Inner Peace » semblaient-ils dire. D’autres semblaient somnoler, indifférents au monde, tandis que les plus jeunes se grimpaient les uns sur les autres avec une énergie maladroite, provoquant des scènes comiques et touchantes.

Mais ce qui m’a le plus surpris, ce jour-là, ce fut une découverte inattendue.
En continuant la visite, je suis tombé sur une autre section, plus discrète. Et là, pour la première fois, j’ai vu des pandas rouges. J’ignorais presque tout de leur existence. Le contraste avec les pandas géants est immédiat.
Les pandas rouges ne sont pas simplement rouges comme un thé trop infusé, ils sont petits comme des chats paresseux, et agiles comme des acrobates de cirque. Leur pelage roux, chaud et lumineux, tranche avec le vert profond de la végétation. Leur longue queue, leur visage expressif, leurs mouvements agiles dans les branches leur donnent une élégance naturelle que je n’attendais pas. Là où le panda géant amuse par son côté… « ours en retraite anticipée« , le panda rouge fascine par sa félinité, à mi-chemin entre le renard, le chat et un personnage de conte tibétain.
En les observant, j’ai appris qu’ils vivent dans les régions montagneuses de l’Himalaya, dans des forêts fraîches et denses. Eux aussi sont menacés, mais restent beaucoup moins connus du grand public. Leur discrétion, leur habitat reculé et l’ombre écrasante du panda géant, star médiatique, expliquent sans doute cet oubli relatif. Pourtant, leur beauté et leur singularité mériteraient une attention bien plus grande.








La Chine est le pays de naissance des pandas : entre l’omniprésence médiatique du géant noir et blanc, et la discrétion du panda roux, comme un secret bien gardé. L’un incarne la force tranquille, l’autre l’agilité méconnue. Tous deux, pourtant, sont suspendu entre la protection des humains et l’indifférence du monde.
Les pandas géants, avec leur air de moines détachés et gourmands, et les pandas rouges, élégants comme des renards de légende, m’ont appris que la découverte se glisse entre deux bambous, dans un endroit discret, quand on s’y attend le moins.

Région de Garzé, 2014 – Le bus dévalait la route en bitume défoncé à 3000 mètres d’altitude. Je gardait un oeil sur tout, sur chaque morceaux du paysage. Le torrent en contrebas rugissait sous les centaines de drapeaux de prière. Les cendres des offrandes brûlaient encore sur des pierres plates. Le chauffeur a freiné net, et tout le monde est sorti s’étirer les jambes, certains ont sauté jusqu’au torrent, d’autres se sont assis et ont roulé dans l’herbe en allumant une cigarette. C’est alors qu’un Tibétain a crié « Yi Yi ! » Je n’ai rien compris, mais l’excitation s’est répandue : tous les regards se sont tournés vers la pente entre rochers et buissons d’altitude, les doigts tendus, les visages illuminés. J’ai suivi leur direction, les yeux plissés, cherchant en vain une ombre, un mouvement. « Yi Yi ! » a-t-il répété, comme si c’était évident. Ils ont essayé de me montrer, mais je ne voyais rien. Ce n’est que plus tard qu’on m’a expliqué : ce devait être un panda rouge, ce fantôme roux des montagnes, aussi discret qu’une légende.

Pandas Géants & Pandas Rouges
| Critère | Panda Géant (Ailuropoda melanoleuca) | Panda Rouge (Ailurus fulgens) |
|---|---|---|
| Taille | 1,2 à 1,9 m (longueur), 75 à 160 kg | 50 à 64 cm (longueur) + queue de 30 à 50 cm, 3 à 6,2 kg |
| Poids | Comme un humain moyen | Comme un gros chat (ou un sac de riz) |
| Couleur | Noir et blanc | Roux flamboyant (comme un coucher de soleil en Himalaya) |
| Habitat | Forêts de bambous en Chine centrale (Sichuan, Shaanxi, Gansu) | Forêts tempérées et bambouseras des montagnes de l’Himalaya (Népal, Bhoutan, Inde, Chine, Myanmar) |
| Altitude | 1 200 à 3 500 m | 2 200 à 4 800 m (ils aiment l’air frais) |
| Régime alimentaire | 99 % bambou (25 espèces différentes), 12 à 38 kg/jour | 50 % bambou, mais aussi fruits, œufs, petits mammifères, oiseaux (omnivore opportuniste) |
| Statut de conservation | Vulnérable (IUCN) – ~1 800 individus à l’état sauvage | En danger (IUCN) – < 10 000 individus, population en déclin |
| Comportement | Solitaire, lent, dort 10 à 16 h/jour (un vrai contemplatif) | Solitaire ou en petits groupes, actif à l’aube et au crépuscule (un noctambule discret) |
| Reproduction | 1 à 2 petits tous les 2 ans, gestation de 95 à 160 jours | 1 à 4 petits par portée, gestation de 93 à 150 jours (les bébés naissent aveugles) |
| Particularités | « Pouce » opposable (en réalité un os modifié), pas de rugissements (ils « blêlent ») | Queue rayée (comme un zèbre mini), griffe semi-rétractile, et un cri qui ressemble à un sifflement |
| Menaces | Déforestation, fragmentation de l’habitat, changement climatique | Déforestation, braconnage (pour leur fourrure), compétition avec les humains |
| Protection | Centres de recherche (ex. Chengdu), réserves naturelles, programmes de reproduction | Peu de centres dédiés, protection via des parcs nationaux (ex. Singalila en Inde) |
| Fun Fact | Leur ADN est plus proche de l’ours que du raton laveur (contrairement aux idées reçues) | Leur nom local au Népal est « ponya », et ils sont considérés comme des messagers des dieux dans certaines cultures himalayennes |
| Moines gourmands, « Inner Peace » en version peluche |





Texte et Photos ©Frédéric Alix, 2026 (photos 2007, 2014)
Sources :
- IUCN Red List (2024) – Panda géant / Panda rouge
- WWF – Panda géant / Panda rouge
- Red Panda Network – Site officiel
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