Le Royaume du Champa

HISTOIRE DU CHAMPA (partie 1/3)

Le Royaume du Champa est aujourd’hui rayé de la carte du monde. Ce qui fut une des premières civilisations établie en Asie du Sud-Est a vu ses frontières reculer au cours des siècles sous la pression envahissante de ses voisins.

En 1832, le Vietnam annexe définitivement le dernier territoire qui portait encore le nom de Champa. Il nous reste aujourd’hui quelques vestiges archéologiques, des inscriptions gravées dans la roche, des stèles, quelques textes papiers (issus principalement des archives chinoises) et des groupements de population qui se considèrent comme les héritiers d’une civilisation qui a marqué l’histoire de la péninsule Indochinoise.

Mi Son, 27/02/2004
site archéologique de Mi Son où l’on trouve des inscriptions sur toute l’histoire du Champa

 

Le sud de l’actuel Vietnam

Le territoire du Champa suit la côte nord-sud de la mer de Chine méridionale sur environ 800 kilomètres. La partie côtière ne dépasse jamais 50 kilomètres de large, les Cham regardent vers la mer, tournant le dos à la cordillère annamitique. Les plateaux montagneux qui s’enfoncent dans la cordillère sont peuplés de paysans de diverses ethnies qui assurent au Champa une production agricole, qui, faute de place le long de la côte, permet de nourrir les marchands et pêcheurs Cham.

Si vous avez déjà voyagé dans cette région, vous vous êtes rendu compte que la cordillère annamitique est une barrière météorologique. Certains cols sont de endroits où il y a tous les jours de l’année des nuages; il peut faire grand soleil d’un côté et pleuvoir de l’autre. Dans les croyances anciennes, ces lieux sont les lieux de résidence des divinités et sont considérés comme des frontières naturelles que l’on ne peut modifier, qu’il faut respecter. Ceci explique que le paisible Laos ait toujours vécu en paix avec ses tumultueux voisins de la côte maritime.

Dalat - février 2004
les hautes terres du Champa (ici région de Dalat)

De culture indienne

Le Champa est profondément influencé culturellement par l’Inde, son premier partenaire commercial par voies maritimes dès le 1er siècle de notre ère.

De cette indianisation, le Royaume du Champa va s’enrichir de la religion shivaïte, de l’écriture de la langue sanskrite, d’une organisation sociale reposant sur une division de la population en castes héréditaires et d’un système monarchique. Cette indianisation a surtout touché l’aristocratie de la partie côtière du Champa. Les ethnies peuplant les hautes terres sont restées longtemps à un stade de civilisation peu influencé.

La religion hindouiste ne doit pas être dissociée de la politique, il s’agit avant tout d’une assise qui a permis à l’aristocratie de dominer le pays au travers du système des castes, des cultes dans lesquels le roi est associé à la divinité mais aussi par la confiscation du savoir qu’est l’écriture par les castes élevées.

Querelleurs et marchands d’esclaves

Nous en savons plus sur les Chams au-travers des récits des historiens et voyageurs chinois de l’époque. Georges Maspeo fait un compte rendu de ce qui se disait d’eux :

« Violents et querelleurs, très courageux, à l’étroit sur une côte montagneuse où les plaines étaient rares, hardis marins, ils étaient naturellement portés à chercher au dehors ce qu’ils ne trouvaient point chez eux. Il razziaient les riches provinces du Nord et les plaines du Cambodge; ou montés sur des barques rapides, ils attaquaient les navires venant de Chine. »

« Bons marins, ils ne craignaient pont les longs voyages. leurs rapports avec Java prouvent que leurs vaisseaux avaient coutume d’en fréquenter les villes maritimes. »

« La plupart des Chams dit un texte chinois, exerçaient la profession  de marchands d’esclaves, leurs jonques transportaient des hommes au lieu des marchandises. Ils se les procuraient lors des razzias sur les territoires voisins. »

« Ils ne vivaient point uniquement de la piraterie, savaient exploiter les richesses de leur sol. Si les terres basses étaient rares, ils mettaient en valeur celles qu’ils possédaient : les traces d’un réseau d’irrigation très complet qui dénote une grande connaissance des choses de l’agriculture. Habiles jardiniers ils savaient aussi exploiter les forêts. »

Mi Son, 16/04/2018

Le Cambodge, son « meilleur ennemi »

Le Fou-Nan plus au sud et à l’ouest (qui deviendra le Royaume d’Angkor puis le Cambodge), a suivi exactement le même développement culturel indianisé. On pourrait qualifier la relation entre les deux royaumes de « meilleurs ennemis ».

Mais il ne s’agissait pas uniquement de se faire la guerre pour affirmer son pouvoir, tenter d’étendre son influence et ses frontières: il s’agissait de relations culturelles et parfois amicales. Les dynasties se sont mariées entre elles, on a copié l’art du voisin – le style Khmer de Kulen ressemble à de l’art Champa plus ancien, et à l’inverse le style Mi Son du Champa ressemble à de l’art Khmer. (Les tours de Hung-thanh imitent les tours de Angkor Vat). Il a été admis que les architectes avaient voyagés entre les deux royaumes.

Les langues khmères et chams se ressemblent aux oreilles du candide que je suis. C’est simplement dû aux influences que la langue sanscrite lors de l’indemnisation de ces deux cultures. Pourtant, si le Khmer est d’origine « Mon-khmer », le Cham est une langue « malayo-polynésienne ». Dans leur dictionnaire Cham-Français, Aymonier et Cabaton décident en 1906 de classer cette langue dans cette famille des îles du sud et ce malgré la présence de nombreuses racines et éléments normatifs qui appartiennent au Môn-khmer. Les éléments malayo-polynésien de la langue Cham remontent à une époque très reculée et ne saurait être dérivés de n’importe quelle autre langue de la même famille.

En conclusion, les langues khmères et chams ne sont pas de la même famille, mais les peuples sont de la même culture.

Mi Son, 16/04/2018

Une bataille a mort avec le Vietnam de culture chinoise

Plus au nord, le Royaume voisin du Dai Viêt («Grand Viêt ») s’est délivré de la dominance chinoise au Xème siècle, mais va en conserver la culture, la religion et l’organisation politique, le système de mandarins.

Tout oppose les Chams et les Viêts, la langue ainsi que la culture.

Le Dai Viêt se sent à l’étroit dans l’actuelle partie nord du Vietnam (un territoire côtier lui aussi, du delta du Fleuve Rouge à « la porte d’Annam » – Hoanh Son). Il ne peut s’étendre plus au nord, le voisin Chinois est puissant. Sa seule issue est de s’étirer vers le sud le long de cette côte maritime qui permet des échanges avec le monde.

Cette guerre d’expansion a pris le nom de « Nam-tien » (la marche vers le sud). C’est est une lutte à mort entre le Royaume Dai Viet et le Royaume Champa. Des deux côtés c’est une question de survie. Cette guerre sera fatale au Champa qui disparaitra.

« Mais ceux-ci (les Dai Viet) ne surent tirer de leur victoire ni avantage culturel – car ils ne cherchèrent qu’à détruire la civilisation du Campa, alors qu’ils auraient pu lui emprunter des outils intellectuels bien différents de ceux dont les avait pourvus la Chine – ni avantage artistique car, toujours fidèles à l’école de la Chine, leur art ne sut pratiquement rien apprendre ni tirer de l’un des plus beaux ensembles plastique d’Asie. » (Pierre-Bernard Lafont, Aperçu sur les relations entre le Campa et l’Asie du Sud-Est.)

Hué, 28/02/2004
Une des entrées de la cité impériale Viêt à Hué

 

Prise entre les deux grandes civilisations que sont l’Inde et la Chine, l’Asie du Sud-Est n’est pas victime de simples guerres de territoires : c’est un conflit entre deux cultures millénaires.

SUITE DE L’HISTOIRE : La guerre fratricide Cambodge contre Champa

 


toutes les photos ©fredalix, Vietnam et Cambodge, 2004, 2009, 2017, 2018

 


Bibliographie :

Lafont Pierre-Bernard, Le Campa, géographie, population, histoire, Editions les Indes Savantes, 2007

Actes du séminaire sur le Campa, organisé à l’université de Copenhague le 23 mai 1987, La communauté cap au Cambodge du XVe au XIXe siècle par Mae Phoeun, CNRS

Maspeo Georges, Le Royaume de Champa, Librairie nationale d’art et d’histoire, Paris, 1928

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2 réflexions sur « Le Royaume du Champa »

  1. Mr.le professeur d’histoire, tu nous renseignes bien. J’aime beaucoup tes photos . Je reconnais certains endroits pour avoir visiter le Vietnam en 2014. Je crois que ce qui se passe en terme de changement est interessant. Je ne peux dire si c’est une bonne chose par contre.

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