Dans cet ébauche de texte, je vous présente quelques photos de la fabrication des tissus que l’on appelle Ikat ou « Mut’mee« .

Sarong
Si vous avez déjà sillonné les paisibles campagnes d’Issan en Thaïlande, il est probable que vous ayez croisé des femmes vêtues de sarongs colorés, élégamment attachés à la taille. Il se peut tout aussi bien que vous ayez vu des hommes portant cet habit, et vous aurez peut-être remarqué que seules les couleurs diffèrent du Sarong féminin.
Ce tissu, semblable au sari indien ou au sarong birman, porte en Thaïlande le nom de « sarong », mais avec une particularité distincte : l’absence de couture centrale, faisant de lui un tissu rectangulaire, contrairement au longyi birman ou indien, qui est un tube. Cependant, ce qui rend ces sarongs thaïlandais d’Issan encore plus spéciaux, c’est la technique de tissage unique appelée « Mut’mee » qui leur donne vie.
Les motifs des sarongs de Bali se reconnaissent à leurs tissus imprimés aux couleurs vives et aux dessins complexes, inspirés par le batik ou des motifs traditionnels locaux.
En Thaïlande, les sarongs sont généralement plus sobres, avec des rayures ou des motifs géométriques discrets.
Mais la principale distinction est que ce n’est pas le tissus qui est imprimé, c’est le fil ! On teint le futur motif sur le fil avant de le tisser.

L’Ikat : quand le motif est dessiné avant le tissage
Le tissus Mut’mee doit son identité à une technique locale, l’Ikat. Ici, contrairement aux tissus teints après tissage (comme à Bali), c’est le fil lui-même qui porte le dessin coloré avant même d’être transformé. Et non, je ne parle pas de tissus brodés (comme au Lanna) mais bien de motifs teints.
Le processus commence par l’étirement des fils de soie sur un cadre, simulant la largeur du futur tissu. Les artisans, souvent des femmes, délimitent alors les motifs en nouant des sections du fil avec des fibres naturelles ou des élastiques. Chaque nœud agit comme une barrière : là où le fil est protégé, la teinture ne pénétrera pas.

Vient ensuite le bain de couleur. Les fils sont plongés dans des teintures végétales – indigo pour les bleus profonds, racine de garance pour les rouges, écorces pour les bruns – puis séchés. L’opération se répète pour chaque couleur, les nœuds étant défaits et replacés selon le motif souhaité. Une fois toutes les teintes appliquées, les fils sont rembobinés, prêts à être tissés.

Le résultat ? Des motifs aux contours légèrement flous, signature de l’Ikat : les fibres, même serrées, laissent parfois filtrer la teinture, créant ces auras caractéristiques qui donnent au Mut’mee son charme unique.
En ensuite seulement vient le Tissage : Les motifs Ikat prennent vie à mesure que les fils sont tissés sur le métier, créant des designs complexes et vibrants.



Finition : Une fois le tissage terminé, le tissu est soigneusement inspecté et traité, prêt à être utilisé pour confectionner des sarongs et d’autres vêtements traditionnels.

Mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs, (déjà qu’on fait tout le travail à l’envers) avant de teindre le fil il faut le fabriquer.
Le rôle des Vers à Soie
A la genèse du processus de fabrication du Mut’mee, ce sont les vers à soie qui jouent un rôle essentiel en produisant le fil précieux qui donnera vie aux sarongs thaïlandais.
Des champs de mûriers aux métiers à tisser
Ces petits artisans naturels résident dans de vastes plantations de mûriers, où leurs cocons sont soigneusement récoltés. L’étape de la récolte est délicate, nécessitant une manipulation habile pour préserver l’intégrité des fils de soie à l’intérieur des cocons. Une fois récoltés, les cocons sont bouillis pour assouplir la colle sécrétée par les vers, facilitant ainsi l’extraction des fils. On comprend donc ici que les vers sont sacrifiés lors de cette étape. Les artisans humains procèdent alors au dévidage délicat, tirant avec précaution chaque fil de soie de son cocon. Ce processus minutieux et méticuleux offre un matériau de qualité exceptionnelle, prêt à être teint selon la technique Ikat caractéristique du Mut’mee.


Mon voyage à Chayiaphum
Les maisons traditionnelles des populations qui vivent dans les vallées, que ce soit en Issan ou ailleurs en Asie du Sud-Est sont construites sur un étage supérieur, on pourrait dire que ce sont des maisons sur pilotis. L’espace de libre sous l’habitat est utilisé pour cuisiner et pour travailler. C’est un endroit frais. On y trouve souvent des métiers à tisser et quand on prend le temps de se promener à pieds, on peut observer dans certains villages toutes les étapes du tissage en Ikat.
La province de Chayiaphum est connue pour ses tissus. Un matin que je passais en ville de Chayiaphum, j’ai pris un bus local à deux rangées de bancs pour aller visiter un village à une vingtaine de kilomètres de la ville. J’avais entendu parler des tisserands de ce village, mais au moment où j’ai annoncé au chauffeur que je descendrais dans ce village, j’ai lu sur son visage l’étonnement, mais que va faire ce « farang » dans ce village perdu? sans doute qu’il doit y connaitre une femme. – c’est l’explication habituelle que tout le monde donne quand ils voient un étranger égaré dans un village. Alors on cherche à savoir qui est la femme que l’étranger est venu voir, c’est le début des commérages. Mais dans mon cas, je venais simplement voir comment on tisse, quelle déception.
Il faut aussi savoir que le fil de soie est cultivé dans ces villages. On peut voir de larges plantations de mûrier où vivent les vers qui fabriquent le fil de soie.
J’ai passé la matinée à marcher entre les maisons, on m’a invité à venir observer de plus près le travail de ces villageois. J’ai compris que la plupart travaillent en sous-traitance pour un couturier qui finance ainsi la fabrication des sarongs depuis la culture du fil de soie jusqu’à la couture finale des habits.

De la Campagne à la Capitale : L’Héritage du Mut’mee
N’allez pas croire que les sarongs en Mut’mee sont des tissus cachés dans les villages reculés et qu’ils n’intéressent que les locaux. Vous les retrouverez également dans les boutiques élégantes de Bangkok, où ces pièces d’artisanat du terroir sont exposées fièrement. La très élégante Reine Sirikit a rendu hommage à ces sarongs en Mut’mee en les portant, conférant ainsi à ce tissu une légitimité royale.
Cependant, malgré sa reconnaissance, le Mut’mee est souvent considéré comme inférieur aux tissus brodés que l’on trouve dans d’autres régions, comme le Lanna au nord du pays ou dans les zones centrales. Cela souligne la richesse de la diversité artisanale thaïlandaise, où chaque région évoque son propre héritage à travers des techniques de tissage uniques.
Ainsi, le Mut’mee est un symbole local de créativité et de tradition. Un simple fil coloré qui incarne le terroir d’Isan.

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