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  • Mut’mee, le tissu de l’Issan où le dessin naît avant le tissage

Deux percussionnistes ouvrent et ferment une paire de bambous en frappant le rythme. Une danseuse sautille au-dessus de ces tiges en mouvement. Ceci est la base de la Danse du Bambou qui est la fierté du peuple Mizo.

La Danse du Bambou aurait été inventée par les colons espagnols aux Philippines (mais rien ne le prouve). Aux Philippines, cette danse porte le nom de Tinikling.

Cette danse est connue dans plusieurs cultures asiatiques, notamment chez le peuple Mizo qui vit dans les hautes montagnes entre l’Etat du Mizoram en Inde, et l’Etat Chin au Myanmar.

Chez les Mizo, ce ne sont pas une, mais quatre paires de bambous qui sont activées au sol par huit percussionnistes. Les danseuses, elles, sont deux groupes de quatre. Selon leur tradition, cette danse daterait même du Iᵉʳ siècle de notre ère, une conviction ancrée, même si aucune preuve formelle ne l’atteste.

Une chorégraphie hypnotique

Visuellement, la Cheraw est une danse où des garçons, assis face à face sur le sol, tiennent chacun deux longues tiges de bambou. Devant eux, un bambou est posé horizontalement. Ils frappent les tiges contre celui au sol pour un son grave, puis les entrechoquent en l’air pour un son plus aigu et sec. Les tiges s’ouvrent et se ferment en rythme, créant une partition sonore. Les filles, en costumes traditionnels, sautent et glissent entre les bambous ouverts, puis les enjambent quand ils se referment. Plus la danse avance, plus le rythme s’accélère, mettant à l’épreuve l’agilité des danseuses et la précision des percussionnistes. Les bambous, creux et secs, sont choisis pour leur résonance parfaite.

Un rite de passage de la mort à la renaissance.

La Cheraw était initialement pratiquée lors de funérailles ou de cérémonies commémoratives pour les défunts. Elle pouvait symboliser le passage de l’âme vers l’au-delà ou une forme de renaissance spirituelle, en harmonie avec les croyances animistes des tribus Mizo. Ces rituels visaient à honorer les ancêtres et à faciliter leur transition vers un autre monde.

La danse était aussi associée aux cycles agricoles, la Cheraw pouvait ainsi célébrer la renaissance de la nature après une période de repos (comme la fin de la saison des pluies ou le début des semailles), marquant un renouveau et une gratitude envers la terre et les esprits protecteurs.

Avec l’arrivée du christianisme et la modernisation, ces rites ont progressivement progressivement évolué vers une forme plus festive, des célébrations culturelles (comme le Chapchar Kut), mais leur essence: l’unité, le respect des cycles et la connexion spirituelle, reste au cœur de la Cheraw.

Ma vidéo chez les Mizo (cliquez pour visionner)

Rih-khwadar, 20/02/2019 – cliquez pour visionner la vidéo

Un patrimoine vivant

La Cheraw fait partie intégrante du patrimoine culturel mizo. Le 12 mars 2010, à Aizawl (Mizoram), 10 732 danseuses et percussionnistes ont participé à la plus grande danse du bambou jamais réalisée, entrant ainsi dans le Livre des Records. Dans cette rythmique envoûtante, le son des bambous « applaudis » en l’air est plus aigu que celui des bambous frappés au sol. Les danseuses n’ont même pas besoin de baisser les yeux : elles entendent si les bambous sont ouverts ou fermés.

Des gongs, tambours et xylophones accompagnent la musique. La Cheraw est exécutée lors de toutes les fêtes, et ses mouvements imitent ceux des oiseaux ou des arbres dans le vent.

Hakka, 16/02/2019
la danse du bambou (Musée national Chin, Hakka)

Mon expérience

J’ai eu la chance de l’observer à deux reprises en 2019, lors de la fête nationale Chin, qui a lieu chaque 20 février dans cet État de hautes montagnes au nord-ouest du Myanmar. J’ai filmé la première vidéo à Rih-khwadar, à quelques centaines de mètres seulement de la frontière indo-birmane. Ici vit le peuple Mizo, que les Britanniques ont arbitrairement séparé par une frontière au XIXᵉ siècle.

Rih khwadar, 20/02/2019
Le village de Rih-khwadar au bord du lac du même nom, je tourne le dos à la frontière avec l’Inde.
Rih-khwadar, 20/02/2019
Les hommes Mizo ne portent pas un longgy de type birman mais une sorte de pagne qui arrive aux genoux.

La seconde vidéo a été filmée à Falam deux jours plus tôt. Les Chin de Falam ne font pas partie du peuple Mizo mais ont, eux aussi, une adaptation de cette danse. Si le principe est exactement le même : quatre paires de bambous frappés par huit percussionnistes au-dessus desquels évoluent deux groupes de quatre danseuses, le rythme est complètement différent et il est accompagné de chants. 

La Danse du Bambou chez les Falam (cliquez pour visionner)

Falam, 18/02/2019 – cliquez pour visionner la vidéo
Falam, 18/02/2019
Falam, un groupe de danseurs dans la nuit très froide de février.

Une autre adaptation croise les paires de bambous pour former un quadrillage en mouvement au sol. Les danseuses sautillent en rond dans le damier.

Généralement les rôles sont partagés entre les hommes qui frappent le rythme et les femmes qui dansent. Mais il arrive qu’un homme s’ajoute aux danseuses.

Rih khwadar, 20/02/2019
Rih-khwadar, 20/02/2019

Pas d’inventeur unique, mais des racines multiples

La danse du bambou semble être une pratique autochtone, née dans des sociétés agraires où le bambou symbolise résistance et harmonie collective. Sa similitude entre les cultures s’explique soit par des échanges anciens, soit par une invention parallèle liée à un environnement et des besoins rituels communs.

La danse du bambou n’a pas d’inventeur unique : elle émerge dans plusieurs cultures asiatiques, des Philippines (Tinikling) au Mizoram (Cheraw), en passant par les Karen du Myanmar et de Thaïlande, souvent liée à des rituels agricoles ou funéraires. Aux Philippines, une origine coloniale espagnole est parfois évoquée, mais cette hypothèse fait débat et reste non prouvée. Les Mizo revendiquent cette danse comme datant du Iᵉʳ siècle symbolisant le passage entre la vie et la mort. Son universalité suggère une émergence indépendante dans plusieurs régions, plutôt qu’une ‘invention’ centralisée.


Le texte, toutes les photos et vidéos par Frédéric Alix, en février 2019 à Falam et Rih-khwadar, Etat Chin, Myanmar.

Comme toujours, ce billet reste ouvert, si vous avez des documents et des informations qui pourraient compléter ma recherche, je serais heureux de les voir. J’espère avoir la chance d’assister à de nouvelles danses du bambou et à pouvoir les partager avec vous ici.

BIBLIOGRAPHIE

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2 réponses à « La danse du Bambou chez les Mizo »

  1. Avatar de france55

    C’est bon d’etre curieux et de vouloir apprendre sur ce que nous voyons pres de chez nous ou en voyage. J’aime bcp les costumes de ces danseurs et danseuses. Merci du partage.

  2. Avatar de Voyage en pays Chin – 3. Chin national Day – Salaween, un journal de voyage

    […] J’ai rédigé un post spécial sur la danse du bamboo : Bamboo Dance […]

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