La route de Dergué

Road movie, à travers les prairies tibétaines, entre les sommets du pays Kham.

RECIT DE VOYAGE – Parti de Chengdu (Sichuan) le 26 juillet 2014, nous voulons rejoindre la ville de Dergué, un des trois lieux saint du bouddhisme tibétain et dernière ville où les étrangers ont l’autorisation de voyager avant la province du Tibet. Nous avons déjà fait escale à Kangding et Tagong (récits pas encore publié ici).

Dans le dernier texte je vous ai raconté ma visite de l’université bouddhiste de Larung Gar à 4000 mètres d’altitude qui accueillait, au moment de ce voyage, 20’000 personnes. C’est mon troisième voyage dans le pays Kham.

 

Le 4 août 2014

Nous quittons Serthar ce matin, il nous faut revenir à Garzé avant de pouvoir continuer sur Dergué. Il est 7h30, je retrouve Dorgy, le chauffeur avec qui j’ai parlé hier, sur la place centrale. Nous embarquons nos bagages et attendons les autres passagers. Un jeune moine s’installe dans le minivan et se replie dans son habit qui forme une sorte de chrysalide lui permettant d’écouter discrètement de la musique et de retourner en partie dans le sommeil. Dorgy me dit que si j’ai envie de m’arrêter quelque part, je ne dois pas hésiter. Je lui demande de faire un premier arrêt après une dizaine de kilomètres déjà alors que l’on passe à proximité d’un énorme temple couleur or, avec en contrebas des centaines de drapeaux à prières qui semblent envelopper une structure, un peu comme une œuvre de Christo. Un ami de Dorgy nous rejoint dans le minibus, je lui laisse la place à l’avant.

Serthar, 04/08/2014

Quelques kilomètres plus loin, on s’arrête pour laisser monter une femme, je me demande bien d’où elle arrive, il n’y a vraiment rien autour de nous. On la dépose un peu plus loin au milieu d’une prairie. Je regarde si je vois une maison ou un campement de nomades, rien. Un nouveau mystères. Il existe toute une vie que l’on ne peut pas deviner depuis la route asphaltée. Je suis bien installé à l’arrière du véhicule et je plonge dans une contemplation béate des montagnes rocailleuses qui défilent au-dessus de l’horizon. Nous montons et bientôt c’est comme si on pouvait toucher ces sommets qui dépassent les 5000 mètres. Nous faisons un arrêt juste en contrebas d’un col à 4820 mètres d’altitude. Le jeune moine sort de sa chrysalide et va prendre quelques photos du panorama avec son portable.

Serthar, 04/08/2014

Serthar - Garzé, 04/08/2014

Sous une tente est installé une sorte d’épicerie. On y trouve des boissons, des biscuits, du chocolat. Une torrent coule de je ne sais où, des centaines de drapeaux de prière flottent au-dessus de l’eau. Tous les passagers tibétains de notre minibus sont venus jeter une poignée de papiers colorés dans les airs, beaucoup retombent dans l’eau. C’est une source sacrée. Ils se lavent les mains et la tête. J’essaie de traverser le torrent en sautant sur les pierres et je manque de tomber.

L’ami de Dorgy a vu quelque chose, il se met à crier « Gii Gii » en pointant la montagne. Dorgy à son tour a vu le « Gii », mais j’ai beau regarder, je ne vois rien. Je prends des photos et essaie de les agrandir pour qu’ils me montrent ce que c’est, sans succès, leurs regards sont plus perçants que l’angle maximum de mon téléobjectif. Impossible de savoir ce que ça veut dire. Je tente par les mimes, est-ce un oiseau ? Un mammifère ? Je ne réussi qu’à les faire rire.

Serthar - Garzé, 04/08/2014

Deux travailleurs chinois arrêtent notre convoi, ils ont besoin d’être emmené un peu plus loin. Ils travaillent sur les chantiers des énormes pylônes électriques plantés dans les paysages sacrés qui mènent l’électricité produite au Tibet vers les mégapoles chinoises.

Nous croisons la route d’un groupe de Tibétains à moto qui transportent d’énormes branches d’un buisson que j’ai déjà vu être brûlé dans des temples. Nous nous arrêtons et nous installons en cercle sur la prairie. Je ne comprends pas un mot de ce qui se dit, mais je crois deviner qu’ils échangent les informations sur ce qui se passe ici et là. Ainsi circulent les nouvelles dans la vie des nomades, c’est le « téléphone-tibétain ».

Garzé, 04/08/2014 Garzé, 04/08/2014

Un peu avant d’arriver en ville de Garzé, Dorgy s’arrête pour nettoyer son minivan au jet d’eau. L’eau est pompée dans la rivière. Deux petites filles habitent la cabane, leur famille est absente ou elles sont orphelines. Dorgy leur donne des billets pour le service.

Nous arrivons en ville à 16h30. Nous avons le temps de nous balader le long de la rivière avant que le soleil ne se couche. Garzé n’est qu’à 3270 mètres d’altitude, il y fait plus doux qu’à Serthar qui est à près de 4000 mètres.

Serthar - Garzé, 04/08/2014

 

Garzé, 04/08/2014
vue sur (une partie de) la ville de Garzé

Le 5 août 2014

Nous reprenons la route aujourd’hui. Nous allons essayer de rejoindre Dergué, mais je ne sais pas encore comment. Un bus est parti à 6h30, c’était un peu tôt. On croise Dorgy qui nous a conduit hier, je lui demande où il va, il retourne à Serthar. Pour Dergué, les départs se font depuis une autre place. Je me renseigne mais je ne trouve pas les chauffeurs très sympathiques, ils ont l’air de margoulins. Si on arrive pas à partir ce matin, alors on prendre le bus de 6h30 demain matin.

Un jeune me met en contact avec un autre qui m’emmène vers un minibus. Ils discutent ensemble des formalités, ils ne semblent pas d’accord, mais je ne comprends pas les détails de leur discussion. Finalement on nous dit de mettre nos bagages dans le coffre, il partira à 11h. Il n’est pas 9h. On va manger une soupe de nouilles tout en gardant un œil sur le minibus qui contient maintenant nos bagages. Le chauffeur discute avec un autre, on déménage nos affaires et montons. Il roule quelques mètres et va se parquer dans une cour sombre à côté d’un autre minibus. Si on était dans un film, je dirais qu’il s’agit d’un coupe-gorge. On doit attendre. Surgissent plusieurs personnes encombrées de gros sacs. Tout le monde embarque, cela rempli les deux minibus. C’est le départ, il n’est pas tout à fait 11h.

Nous roulons deux heures et arrivons dans la petite ville de Manigange. D’ici, une route par au nord vers le Qinghai nous bifurquons à l’ouest vers Lhassa. Il y a de la poussière partout, la ville a été éventrée par la construction de canalisations. On fait une pause pour manger. On croise un couple de Belges qui fait du camping. Ils voyagent en faisant du stop, ce sont les chauffeurs (chinois) de poids-lourds qui acceptent de les véhiculer gratuitement. Ils nous parlent d’un lac alpin à quinze kilomètres où ils ont l’intention d’aller passer la nuit.

Nous repartons mais la route est bloquée des deux côtés par les machines du chantier, il y a une grande agitation, les gens s’insultent, la poussière vole. Un policier vient mettre de l’ordre et on peut partir. Nous passons près du lac, cela semble magnifique, au retour on s’arrêtera ici.

Dochu La pass, 05/08/2014
la route qui monte au col de Dochu La

 

La route qui monte au col n’est pas bitumée. La construction d’un tunnel sera achevé dans 2 ans, (le tunnel routier le plus haut du monde). La route ne sera jamais bitumée sur ce tronçon. De nombreux lacets. On dépasse des poids-lourds qui peinent à monter. Je vois sur ma carte le col du Dochula, nous sommes à 4916 mètres d’altitude. La montagne à côté de nous est à 6170 mètres. Je demande au chauffeur si on peut faire un arrêt, il marmonne quelque chose, on ne fera pas d’arrêt.

Sur l’autre versant la vue est … vertigineuse. C’est fascinant. Par chance (pour moi), des travaux nous forcent à nous arrêter, je sors comme une furie du minibus et mitraille le panorama avec mon Canon. Je me mets à courir pour rejoindre un Chörten, je me souviens qu’il n’est pas facile de faire des efforts à une telle altitude. Toutes mes photos sont loupées, j’ai raté la mise au point dans l’euphorie.

The way to Dege, 05/08/2014

The way to Dege, 05/08/2014
juste après le passage du col, photo prise par la fenêtre du minibus

Les heures passent et on n’arrive toujours pas. On fait un nouvel arrêt près d’un Chörten sur lequel est dessiné un œil, comme sur les temples népalais. C’est très beau, mais j’aimerais reprendre la route.  De nouveaux passagers montent, on est maintenant entassés. Un peu plus loin, on s’arrête dans un village où tout le monde descend. Le déchargement des nombreux sacs prend du temps. Ils discutent encore longtemps. Une heure s’écoule. Je montre mon impatience et me fâche avec le chauffeur. Madeleine est fâchée elle aussi, le chauffeur hausse le ton et Madeleine manque de le gifler.

Il est 20h quand finalement on arrive à Dergué. On se quitte en très mauvais termes avec le chauffeur qui en dernier lieu a cherché à séquestrer mon bagage.

Dege, 06/08/2014
Dégé

 

Au centre de Dergué coule un gros torrent. Nous cherchons un hôtel, il faut négocier le prix des chambres, tout le monde a le sourire. Nous nous installons dans un restaurant tibétain. Les bancs en bois peints sont recouverts de peau de Yak. Estimant qu’on l’a bien mérité, on boit une bouteille de vin rouge de Chengdu. En cuisine, je leur mime la préparation d’une omelette, tout le monde rigole très fort mais on arrive à se comprendre. Ils ne trouvent pas de tire-bouchon pour ouvrir la bouteille, j’ai un couteau suisse dans mon sac. A une autre table, un couple de Tibétain vêtus (comme tout le monde ici) des habits traditionnels vient nous prendre en photo. Dans ce bourg encastré à 3270 mètres d’altitude sous d’imposants sommets, nous sommes exotiques.

Dochu La pass, 05/08/2014

Dochu La pass, 07/08/2014
Le col de Dochu La à près de 5000 mètres d’altitude

toutes les photos ©fredalix, août 2014

Lire la suite : L’imprimerie sacrée de Dergué

 

Catégories Uncategorized

7 réflexions sur « La route de Dergué »

  1. Ce matin je n’ai pas le temps de lire ton nouveau post mais je le ferai des que possible. J’adore lire ton voyage et tes photos sont super. MERCI du partage. ciao !

  2. me revoila avec un peu de temps pour lire ton recit. Voyager dans ces regions de la planete est un defi . La langue est une barriere mais comment on reussi a se debrouiller comme tu le fais est super. Merci de ce recit. Je crois que tu as deja mis un nouveau texte et je vais le lire … avec plaisir.

    1. Ca fait longtemps que je prépare (mentalement) ces textes sur ce qui est mon dernier voyage en date sur le Toit du Monde. Je dois dire que tu n’es pas étrangère à ma motivation de les rédiger et les mettre en ligne parce que le pèlerinage (religieux) a une place importante là-bas. Tu le liras surtout dans les prochains textes.

      1. C’est cool que j’ai provoque un peu cette idee de partager tes voyages la-bas, En tous les cas moi j’aime lire tes recits qui sont tres bien ecrits. Tres descriptifs et souvent des passages me font rigoler. Je n’ai pas trop de temps pour lire la suite cette semaine. il faut dire que tes textes sont pas mal longs mais interessants aussi. Pour ma part je ne veux pas que mes textes soient tres longs et ce n’est pas que j’ai oublie ce qui s’est passe.. Je ne presente qu’un texte par semaine pour ne pas decourager les gens qui me lisent.

      2. Combien de mots ont tes textes ? le prochain sur notre voyage en Espagne ( sur le Camino) aura 563 mots je crois et je pense que c’est deja beaucoup. Des que je pourrai je lirai ton dernier texte. Trop tard ce soir et de plus on a change de fuseau horaire alors je vais vite faire dodo apres la lecture (obligatoire pour me relaxer).

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close